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samedi 19 novembre 2016
dimanche 7 août 2016
samedi 6 août 2016
jeudi 20 novembre 2014
lundi 23 décembre 2013
Mon père
Et ses silences | n°1
L’Espagne
finissait d’être gouvernée par celui que tant avaient combattu,
ce pays avait été celui de mon père, il ne l’était plus. Il en
parlait parfois avec un détachement qui exprimait aussi son
contraire un peu comme si son pays natal avait été rayé de la
carte après un tremblement de terre.
Franco
finissait sa vie, le pays s’ouvrait au tourisme et beaucoup de
français passèrent leurs vacances sur la Costa Brava. La Catalogne
l’Espagne devenaient des destinations exotiques.
Une
cousine française était allée passer ses vacances d’été près
de Barcelone d’où elle était revenue complètement séduite,
émerveillée, aveuglée. Les vacances, le soleil, le sable chaud,
les palmiers, les tapas, les boites de nuit. Elle était si heureuse
de son séjour que son enthousiasme l’obligeait à venir le
raconter à mon père, il fallait qu’elle lui parle de son pays,
lui dire qu’elle se sentait plus proche de lui maintenant ?
Elle lui parla d’un amoureux qu’elle avait trouvé et dont elle
était sur qu’il deviendrait son mari. Un garçon de bonne famille,
un futur avocat. Mon père la laissait parler puis il lui demanda
s’il était franquiste. Elle était un peu embarrassée et répondit
qu’elle ne savait pas mais qu’il l’était sans doute. Mon père
ne semblait ni surpris ni affecté après tout ce garçon était né
après la guerre d’Espagne, pouvait-il se tromper ? il
continua : « Et ses parents ? ». La réponse
fut franche : « Ils sont franquistes » dit-elle avec
un léger haussement d’épaule qui devait les excuser. C’est tout
ce que mon père demanda et ma cousine continua à nous raconter ses
vacances après un petit moment de silence. Elle termina par demander
à mon père de bien vouloir recevoir son fiancé lorsqu’il
viendrait, bientôt, la voir en France. Mon père ne répondit pas.
Lorsqu’elle s’en alla il vint me voir dans ma chambre :
« – Toi
qui dessines bien, tu me feras autant de portraits de Franco qu’il
y a de portes dans la maison. Je les suspendrai par un fil au-dessus
de chaque porte et chaque fois que j’en franchirai une je donnerai
un coup de poing dedans, c’est tout ce que je dirais lorsqu’il
viendra ! »
C’est
sans doute à partir de ce moment-là que j’ai commencé à aimer
les silences de mon père et à comprendre ceux qui étaient enfouis
dans mes souvenirs comme des petits mystères.
dimanche 15 décembre 2013
mercredi 11 décembre 2013
vendredi 26 juillet 2013
NOM
(Texte revu et corrigé du cahier édité par les Editions du Solier en 1990)
J’ai regardé la ville qui me paraissait encore plus belle. Je n’ai pas fait de photographies. J’avais en mémoire celle d’un jardin en Espagne. Je marchais dans une petite rue étroite en regardant le ciel bleu. Il faisait chaud. Tout au bout dans le silence j’entendais des gens parler espagnol. Le soleil était haut, les caniveaux brillaient. Pendant un instant j’étais ailleurs sans savoir si c’était un autre ailleurs ou toujours le même. J’ai douté de ma mémoire, du chemin que j’avais pris et de l’existence du numéro quatre-vingt-sept à droite après cette petite rue. J’ai sonné et attendu qu’elle descende les trois étages. Elle a ouvert la porte en clignant les yeux. Elle se réveillait. L’escalier de cette maison avait toujours cette odeur de fraîcheur humide. Là-haut j’ai regardé chacun de ses objets pour voir s’ils étaient à leur place comme si ma dernière visite avait pu être la veille. J’essayais d’aplatir le temps pendant qu’elle se préparait un petit déjeuner. On se racontait notre présence dans cet instant. Puis nous sommes allés nous promener dans la ville en continuant nos silences entrecoupés de mots sans importance. Quand nous sommes rentrés elle s’est allongée sur son lit. Elle était devenue pâle, de cette pâleur qui rendait plus évidente la forme de ses yeux. Je lui ai dit quelque chose qui l’a fait sourire, les yeux fermés.
J’ai regardé la ville qui me paraissait encore plus belle. Je n’ai pas fait de photographies. J’avais en mémoire celle d’un jardin en Espagne. Je marchais dans une petite rue étroite en regardant le ciel bleu. Il faisait chaud. Tout au bout dans le silence j’entendais des gens parler espagnol. Le soleil était haut, les caniveaux brillaient. Pendant un instant j’étais ailleurs sans savoir si c’était un autre ailleurs ou toujours le même. J’ai douté de ma mémoire, du chemin que j’avais pris et de l’existence du numéro quatre-vingt-sept à droite après cette petite rue. J’ai sonné et attendu qu’elle descende les trois étages. Elle a ouvert la porte en clignant les yeux. Elle se réveillait. L’escalier de cette maison avait toujours cette odeur de fraîcheur humide. Là-haut j’ai regardé chacun de ses objets pour voir s’ils étaient à leur place comme si ma dernière visite avait pu être la veille. J’essayais d’aplatir le temps pendant qu’elle se préparait un petit déjeuner. On se racontait notre présence dans cet instant. Puis nous sommes allés nous promener dans la ville en continuant nos silences entrecoupés de mots sans importance. Quand nous sommes rentrés elle s’est allongée sur son lit. Elle était devenue pâle, de cette pâleur qui rendait plus évidente la forme de ses yeux. Je lui ai dit quelque chose qui l’a fait sourire, les yeux fermés.
Dans
l’autre pièce la fenêtre était ouverte et les volets fermés. Le
soleil dessinait deux grands rectangles sur le mur blanc. J’ai
écouté le bruit des voitures au loin, parfois l’avertisseur d’une
ambulance. J’ai respiré cette tranquillité et j’avais le sentiment de
faire partie des choses qui m’entouraient autant que du vide qui
les enveloppaient. J’ai lu quelques pages du livre que j’avais
emporté. Après avoir dormi elle est venue me voir, m’a demandé
ce que je lisais, et moi ce qu’elle avait rêvé. Elle a ouvert les
volets et j’ai regardé les nuages qui nous appartenaient tout au
loin. Le soleil était derrière les toits. Elle est allée se
coiffer, se maquiller, disait qu’elle ne se trouvait pas belle. Je
me taisais. Nous avons dîné dehors et deux heures plus tard nous
nous sommes quittés. J’ai marché vers la gare en comptant les
heures à passer dans le train et les heures de sommeil après. J’ai
regardé la nuit dans les rues sombres et vides, sur la place de la
gare illuminée et grouillante de monde.
Toute
la journée du lendemain, j’ai eu l’impression d’avoir la peau
comme les murs des maisons de la ville d’où je venais. Je me
sentais gris, poussiéreux mais ensoleillé.
Le
soleil entrait de plus en plus dans la pièce. Elle regardait les
photographies du jardin d’Espagne que j’avais emportées. La
chaleur était encore plus grande et la fenêtre éternellement
ouverte. Elle ne parlait presque pas. Elle semblait heureuse pendant
que je nettoyais ma fatigue du voyage en étant seulement là. Elle
est partie dans sa chambre et je me suis assis sur le canapé devant
la fenêtre. J’entendais le bruit de ses mouvements mélangé à
des voix lointaines qui me venaient de dehors. Elle est passée dans
le couloir, vêtue d’un peignoir de bain, et j’ai continué à
entendre ses pas sur le parquet, l’eau qui coulait sous la douche
et une voix de dehors qui résonnait.
Elle
avait posé une photographie du jardin d’Espagne sur son oreiller.
Elle la regardait tout en peignant ses cheveux encore mouillés puis
elle s’est habillée d’une robe bleue sans manches, serrée à la
taille. Elle me parlait de cette fenêtre ouverte au-dessus de son
lit, d’ou pouvait venir le silence de ce dimanche.
Vers
minuit nous avons chargé nos bagages dans le coffre de la voiture
pour aller autre part, vers l’océan.
Quand
elle s’est levée, souriante, habillée d’un chemisier blanc,
cette journée m’apparaissait déjà très longue, sans début, une
succession d’éternités. J’avais pris mon petit déjeuner seul
sous les pins. J’avais lu, écrit. Je la regardais préparer ses
tartines sans rien lui dire, ou bien je lisais Une ville invisible
d’Italo Calvino, ou bien encore nous parlions de l’Espagne.
Tard
dans l’après-midi je l’ai accompagnée jusque sur la plage. Elle
s’était noué un grand foulard autour de la taille. Nous marchions
presque sans bruits, sa démarche était musicale. Là où il n’y
avait plus personne, elle s’est allongée sur le sable. Le soleil
était bas. J’ai fait une polaroid puis elle s’est levée en
dénouant le foulard qu’elle a laissé tomber. Elle est entrée
dans l’eau et j’ai regardé le paysage teinté de sa présence
par une paire d’espadrilles et son foulard accroché à une touffe
d’herbe. J’ai photographié son absence en attendant qu’elle
revienne et nous avons regardé ce portrait comme l’image oubliée
d’un futur sur cette plage.
Je
devinais parfois son regard pâle et calme. La route défilait à
travers le pare-brise. Nous regardions la ville. Il faisait nuit.
Tout ce qui nous entourait n’avait plus d’appartenance et l’on
se racontait cette obligation d’être là à ne penser à rien
d’autre qu’à ce qui était visible, invisible, indicible.
Je
ne savais plus si les fenêtres étaient restées ouvertes. Il était
très tard. Et les volets de sa chambre, barrière à la chaleur du
jour, filtraient les sons de cette nuit-là. Nous entendions des gens
parler, rire, des tintements de couverts sur des assiettes et la
musique du juke-box d’un restaurant espagnol. Elle cherchait le
silence entre ce bourdonnement et nos respirations. Cette journée
aurait pu être celle d’une fête dans une ville. Le bruit du
dehors et celui de nos mouvements sur l’oreiller n’étaient qu’un
moment de quiétude.
dimanche 20 mai 2012
mardi 1 mars 2011
La chute ou l'ascension
Ou le portrait d'Ourida | 1997
J'avais proposé à Ourida de figurer sur une photographie dans laquelle pourraient se confondre l'échec et la réussite.
Cette photographie est le détail d'une fresque constituée de onze photographies.
Liens vers l'exposition...
et la série de photographies...
J'avais proposé à Ourida de figurer sur une photographie dans laquelle pourraient se confondre l'échec et la réussite.
Cette photographie est le détail d'une fresque constituée de onze photographies.
Liens vers l'exposition...
et la série de photographies...
jeudi 9 décembre 2010
L'Acropole
Monument | 1989
Pour Konstantina-Valentina, j'ai fouillé dans mes anciennes images et j'ai retrouvé cette photographie sur laquelle je me suis attardé comme si elle était aussi une réponse au texte que j'écrivais récemment: 1983.
Athènes en 1989 était l'aboutissement d'une série que je commençai en 1981 dans les rues de New York. Entre ces deux dates, je photographiais ma ville, Blois. Volontairement j'avais évité les monuments dans mes premières promenades. Le Château de Blois en haut de la ville, invisible sinon chaque soir par son ombre. Je lui avais préféré les bistrots et leurs terrasses, lieux anonymes dans lesquels je pouvais y photographier le vide. Le vide de monuments ou de monde, le vide que je pouvais remplir de tous les ailleurs possibles?
Lorsque l'on me donna l'occasion d'aller photographier Athènes c'était davantage son urbanisation actuelle que son histoire qui m'intéressait. C'était même tenter d'oublier la propre mémoire de mes villes.
Le Likabeth avait été le point de vue silencieux duquel je pouvais observer le mouvement de la ville mais aussi l'Acropole autour de laquelle les rues semblaient avoir été creusées. Il m'avait fallu tourner et tourner autour du célèbre monument comme dans un labyrinthe et ponctuer mes marches par des photographies.
L'image d'une terrasse dans Plaka serait le premier point d'orgue de cette longue errance dans les villes, la référence monumentale nous observe d'en haut. Le monument est incontournable...
Pour Konstantina-Valentina, j'ai fouillé dans mes anciennes images et j'ai retrouvé cette photographie sur laquelle je me suis attardé comme si elle était aussi une réponse au texte que j'écrivais récemment: 1983.
Athènes en 1989 était l'aboutissement d'une série que je commençai en 1981 dans les rues de New York. Entre ces deux dates, je photographiais ma ville, Blois. Volontairement j'avais évité les monuments dans mes premières promenades. Le Château de Blois en haut de la ville, invisible sinon chaque soir par son ombre. Je lui avais préféré les bistrots et leurs terrasses, lieux anonymes dans lesquels je pouvais y photographier le vide. Le vide de monuments ou de monde, le vide que je pouvais remplir de tous les ailleurs possibles?
Lorsque l'on me donna l'occasion d'aller photographier Athènes c'était davantage son urbanisation actuelle que son histoire qui m'intéressait. C'était même tenter d'oublier la propre mémoire de mes villes.
Le Likabeth avait été le point de vue silencieux duquel je pouvais observer le mouvement de la ville mais aussi l'Acropole autour de laquelle les rues semblaient avoir été creusées. Il m'avait fallu tourner et tourner autour du célèbre monument comme dans un labyrinthe et ponctuer mes marches par des photographies.
L'image d'une terrasse dans Plaka serait le premier point d'orgue de cette longue errance dans les villes, la référence monumentale nous observe d'en haut. Le monument est incontournable...
samedi 20 novembre 2010
André Kertesz
Visite de l'exposition du photographe au musée du Jeu de Paume.
Et je ne peux m’empêcher de faire ce parallèle: le même carrefour…
Et je ne peux m’empêcher de faire ce parallèle: le même carrefour…
Je le photographiais souvent la nuit lorsque j’habitais à deux pas sans savoir qu’André Kertesz s’était attardé en haut à cet angle des remparts du Château de Blois dans une période où je n’existais pas encore.
J’avais commencé à photographier la ville, ma ville, après un court séjour à New York, là-bas j’avais voulu le voir, il était malade, nous n’avons fait que parler au téléphone deux ou trois fois et les mots sans importance se sont envolés depuis. Ils avaient été bénéfiques dans mon apprentissage.
dimanche 24 octobre 2010
Boldbaatar
Portrait n°3
Il y a tout juste vingt ans que nos conversations vides de mots ont débuté. Nous avions embarqués l’un et l’autre dans la même aventure, traverser la Mongolie d’Ouest en Est sur les traces du moine franciscain Guillaume de Rubrouck. Nous faisions parti d’une équipée composée de vingt personnes. Notre but était de parcourir les mille deux cents kilomètres séparant Bulgan, à l’extrême Ouest, de Karakorum l’ancienne capitale, au centre. Vingt cavaliers plus ou moins expérimentés avec chacun une mission particulière. Nous ne connaissions rien des autres sinon qu’ils étaient géographe, médecin, géo-politicien, ethno-musicologue, spécialiste des chevaux, vidéaste, peintre...
Boldbaatar parlait sans mots et sans avoir besoin d’interprète. C’est lui qui m’apprit à me tenir sur mon cheval, à le faire avancer, à lui parler, à vivre avec lui seulement en me donnant ses regards et ses sourires généreux. Notre chemin fut long, entre trente et quatre vingt kilomètres par jour, semé de difficultés géographiques et humaines.
Sans avoir échangé autre chose que ces discrètes expressions, nous nous sommes revus parfois en France ou en Mongolie. Les marques du temps sur nos visages s’effaçaient sous ses regards. Sans doute allons-nous passer nos vies à parler avec les autres sans jamais savoir si nous-mêmes aurions pu être de vrais amis. Lorsqu’il nous arrive de nous retrouver, parfois même par hasard malgré toutes les distances qui nous séparent, c’est toujours avec surprise, émotion, plaisir. Et lorsqu’arrive ce moment de fatigue devant l’impossible dialogue il me regarde en hochant la tête, en souriant, en me faisant un clin d’œil, en me prenant par l’épaule tout en me disant un des seuls mots qu’il ait retenu de ma langue: «Mon ami».
Notre silence serait le vide dans lequel je ne cesse de tomber (ou d’évoluer) depuis ce premier voyage dans son pays il y a vingt ans.
Portrait n°1 | Karakorum 1990
Portrait n°2 | Ulaanbaatar 2010
Il y a tout juste vingt ans que nos conversations vides de mots ont débuté. Nous avions embarqués l’un et l’autre dans la même aventure, traverser la Mongolie d’Ouest en Est sur les traces du moine franciscain Guillaume de Rubrouck. Nous faisions parti d’une équipée composée de vingt personnes. Notre but était de parcourir les mille deux cents kilomètres séparant Bulgan, à l’extrême Ouest, de Karakorum l’ancienne capitale, au centre. Vingt cavaliers plus ou moins expérimentés avec chacun une mission particulière. Nous ne connaissions rien des autres sinon qu’ils étaient géographe, médecin, géo-politicien, ethno-musicologue, spécialiste des chevaux, vidéaste, peintre...
Boldbaatar parlait sans mots et sans avoir besoin d’interprète. C’est lui qui m’apprit à me tenir sur mon cheval, à le faire avancer, à lui parler, à vivre avec lui seulement en me donnant ses regards et ses sourires généreux. Notre chemin fut long, entre trente et quatre vingt kilomètres par jour, semé de difficultés géographiques et humaines.
Sans avoir échangé autre chose que ces discrètes expressions, nous nous sommes revus parfois en France ou en Mongolie. Les marques du temps sur nos visages s’effaçaient sous ses regards. Sans doute allons-nous passer nos vies à parler avec les autres sans jamais savoir si nous-mêmes aurions pu être de vrais amis. Lorsqu’il nous arrive de nous retrouver, parfois même par hasard malgré toutes les distances qui nous séparent, c’est toujours avec surprise, émotion, plaisir. Et lorsqu’arrive ce moment de fatigue devant l’impossible dialogue il me regarde en hochant la tête, en souriant, en me faisant un clin d’œil, en me prenant par l’épaule tout en me disant un des seuls mots qu’il ait retenu de ma langue: «Mon ami».
Notre silence serait le vide dans lequel je ne cesse de tomber (ou d’évoluer) depuis ce premier voyage dans son pays il y a vingt ans.
Portrait n°1 | Karakorum 1990
vendredi 19 mars 2010
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